MANIFESTE

PENTE NATURELLE

1. Cours (manifeste)

2. Amont (source) (éditer)

3. Étendue (produire du sens)

4. Glissement (faire autre chose)

5. Affluant (sens)

6. Confluent (lire)

7. Aval (le lecteur)

8. Nappe souterraine (indépendant ?)

Manifeste de la cinquième couche [Cours]

"La bande dessinée n'évolue pas.  Le développement, l’évolution des forme et des contenus sont, ici comme ailleurs, ralentis par l'habitude, la paresse, la prudence du marché, des éditeurs, des libraires, de la presse... C'est toute la chaîne qui est grippée. Il paraît difficile, voire impossible, de publier ce qui sort des standards commerciaux en vigueur. (Air connu) Mais il y a encore des créateurs. Le refus des éditeurs de publier les planches proposées par les nouveaux auteurs et, surtout, le refus légitime de ces auteurs de transformer leurs travaux pour répondre à ces standards, ont conduit à la création de petites structures d'édition indépendantes. L'histoire bégaye : comme à la fin des années '60, des auteurs se regroupent pour défendre leur conception du travail et éditer autre chose."

Voici ce que nous écrivions il y quatre ans. Depuis, le paysage a bien changé ou la météo est devenue plus clémente, ou même les deux puisque l'un façonne l'autre (cf. schémas).

Le phénomène indépendant eut lieu. L'Association est un grand éditeur, à tous les sens du mot "grand", Ego Comme X, Amok, Fréon ou La Cinquième Couche le sont aussi. Puis les gros s'y sont mis, avec lenteur, prudence ou enthousiasme. Et ce qui paraissait incongru tout d'abord, qui nous valut débats, plaidoiries, colloques houleux et symposiums douteux ne suscite même plus, aujourd'hui, de vaine polémique...

La Cinquième Couche édite elle-même ses travaux, puis ceux des autres qui lui plaisent. Association sans but lucratif composée à cette heure de huit auteurs et d'autant d'éditeurs, elle a pour but et légitimité de publier tout ce qu'il lui semble bon et important de publier et qu'allez savoir pourquoi l'on ne publie pas ailleurs; elle a aussi pour but d’encourager les travaux de recherche et d’expérimentation en bande dessinée, en illustration et en tout ce qui concerne la narration par l’image en général et l'image narrative en particulier. Rares sont donc les narations et les images qui ne nous concernent pas.
 

Au départ une publication singulière, devenue revue, La Cinquième Couche est devenue un groupe d’auteurs de bande dessinée puis un éditeur, avec sa cohérence et une physionomie reconnaîssable même de loin.

Depuis 1993,La Cinquième Couche poursuit son projet éditorial en exploitant les différentes possibilités et les qualités de chacun de ses auteurs, en profitant du mouvement de production et d’émulation qu'engendre le groupe et en profitant de la liberté sans borne qu’autorise l’auto-édition.

COUCHES

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--Couche récente----__---couches redressées--------_---couche inversée----------intrusion

éditer [Amont (source)]

La Cinquième Couche, premier numéro, était l’acte par lequel dix auteurs entendaient à tout prix diffuser leur travail. Indépendamment de tout projet culturel ou politique, il s’agissait simplement de poursuivre une démarche de barbouilleur écrivassier, malgré la réticence des éditeurs à publier quoi que ce fût qui sortit un tant soit peu des moules standardisés. Le champ d’action de La 5e Couche ne se limite plus, désormais, à la seule promotion du travail de ses membres, mais se veut un lieu d’échanges entre les auteurs, puis entre les auteurs et le public et un lieu de création, afin de conserver une place aux médias que nous employons dans l’univers culturel contemporain.

produire du sens [Étendue]

La Cinquième Couche propose une nouvelle définition pour une bande dessinée élargie, conçue non plus comme suite de cases remplies de bulles produisant un récit populaire et divertissant mais en tant qu’articulation de mots et d’images productrice de sens et d’émotions. Chaque membre du groupe tend à en produire, dans une intention particulière. C’est le rôle d’un auteur. Plus qu’un récit, plus que des significations, le sens désigne les perceptions, les affections, les émotions,... qui engendrent le travail, en attendant que celui-ci en produise à son tour dans la sensibilité exacerbée du lecteur. Le travail émane de l’intention d’une volonté particulière, volonté de produire du sens.

TYPES DE MOUVEMENTS

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---Chute (de pierres)--- _____--Glissement (de blocs)----------- _____---Faille-----------------____---Failles multiples

Faire autre chose [Glissement]

La Cinquième Couche manipule joyeusement les matériaux du récit, en les déplaçant, en les triturant, en les étirant, en se jouant d’eux, en jouant avec eux, en les poussant hors d’eux. Alchimie par plaisir, sans doute, mais alchimie nécessaire, puisque les formes conventionnelles du récit se révèlent impropres à intégrer un contenu nouveau. A des réalités particulières doivent correspondre des formes particulières. Inversement, des formes singulières révéleront l’improbable, l’inattendu, l’inespéré, au sein même de la réalité.

Parce que, de la place qu’on occupe, la réalité nous échappe, des choses sont invisibles, et parce que la lecture induit un déplacement, nous serons toujours déplacés. Comme en physique, tout commence par un postulat, une intention, une conviction (une foi), une nécessité. Le ton et la forme du travail qui en émane seront toujours soumis à l’intention, mais affranchis de toute espèce de fidélité à un modèle. Le travail est le résultat d’une recherche perpétuelle de la forme la plus originale et la plus adéquate à rencontrer l'intention et le lecteur.

[Affluent]

Cette démarche passe par un investissement critique des domaines propres à la bande dessinée et de ses codes : le graphisme, la narration, le récit, le rapport texte/image,... mais veut éviter l’écueil de la recherche formaliste pure, qui se ferait au détriment du fond, de l'intention.

Aucune règle n’est une fin en soi. Aucune grammaire, aucun système formel n’a jamais produit du sens par lui-même, aucun modèle n’a été révélé. Ils ont été conçus, lentement, en même temps que le médium. On peut les transformer. Trop souvent, des auteurs ont desservi leur intention, altérant leur propos pour le faire entrer à tout prix dans le moule d’une convention établie, or la forme et le contenu naissent simultanément. Et si l’un précédait l’autre, c’est à la forme de s’adapter au contenu, non l’inverse.

Les auteurs de La Cinquième Couche essayent de dire autre chose et  doivent donc le dire autrement. Réciproquement, c’est en cherchant à dire les choses autrement que le contenu lui-même se trouve changé, et qu’on découvre que certaines choses peuvent être dites, en bande dessinée, qu’on ne soupçonnait pas.

Agacer l’esprit du lecteur, éveiller en lui un écho qui ne soit pas seulement intellectuel, mais aussi émotionnel, tels est le désir de La Cinquième Couche. Les émotions suscitées ne sont jamais gratuites : elles proviennent de la nécessité, voire du devoir que leur auteur ressent de les communiquer, autant que du plaisir et du besoin qu’il éprouve à faire son travail. Une émotion n’est jamais gratuite, une émotion n’est jamais fausse.

LIGNE DE RUPTURE

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------Surface initiale--------------------________-----Ligne de Faille----------------______----------Éclat (séïsme)

Lire [Confluent]

Lire, c’est créer du sens. Pour produire du sens, la B.D. doit être lue . Car, en fin de compte, c’est le lecteur qui crée le sens, par les liens qu’il tisse avec le travail, si le travail lui parle. L’auteur cherche le public qui convertira ses productions de sens en réalités de sens. Mais pas plus qu’à un modèle, un auteur ne doit se soumettre à un public.

Quand il est à son travail, l’auteur a des devoirs envers son travail d’abord, c’est à dire envers lui-même, c’est à dire envers son travail, et ainsi de suite. Quand il n’est pas à son travail, l’auteur qui cesse d’être auteur a, comme tout le monde, des devoirs envers lui-même et envers sa vie dont il est, en partie du moins, l’auteur. En dernier lieu, l’auteur qui cesse d’être auteur à des devoirs envers son public. Bien sûr, l’auteur s’arrête tout le temps, prend du recul, vérifie, fait lire le voisin,... en un va et vient perpétuel, oscillant constamment entre son état d’auteur créant et celui d’auteur qui cesse d’être auteur. Mais, fondamentalement, le public n’a rien à faire dans la relation qui lie l’auteur et son travail. Ce n’est qu’une fois celui-ci achevé qu’il pourra se soucier de lui trouver des lecteurs, en un deuxième temps, qui n’est plus celui de la création. Un travail d’auteur ne vise ni des crétins, ni une élite d’initiés. Il est d’abord l’expression de son auteur. L’auteur travaille pour lui-même, il n’a pas droit au calcul. Le calcul, c’est triché, c’est malhonnête. Ça fait mal à l’auteur, à son travail et, en fin de compte, à son public. Et c’est parce qu’il respecte son public qu’un auteur ne lui fait pas de concessions. Quand on aime ce qu’on fait, on ne le galvaude pas, on ne l’abîme pas. Si on ne l’aime pas, on fait autre chose. La complaisance imbécile est méprisante pour le public, considéré comme un consommateur idiot qu’il est aisé de flatter.

Le public [Aval]

La création en circuit fermé, à huis clos, pour des fardes poussiéreuses ou des murs d’ateliers défraîchis n’incite pas à la production et, surtout, ne produit aucun sens. Pour que le sens soit produit, il faut que les travaux soient lus. La Cinquième Couche ne s’adresse pas exclusivement aux milieux bédéphiles ou déjà concernés par les arts plastiques. Elle entend échapper aux cloisonnements ineptes qui veulent que la bande dessinée soit populaire et la littérature intellectuelle. Louvoyer entre ceux qui fuient La Cinquième Couche parce que ce n’est pas de la bédé et ceux qui la méprisent parce que c’est de la bédé,donc c’est bête.

Onde de choc


La 5e couche est un groupe indépendant [Nappe souterraine]

La 5e couche a souvent été rangée au rayon “underground”, plus tard heureusement appellé "indépendant". Ce n’est pas un choix délibéré. Dès lors que notre objectif est d’être diffusés le plus largement possible, cette étiquette, souvent synonyme de confidentialité, nous embarrasse. La Cinquième Couche fait pourtant bien partie d'un "mouvement" alternatif, puisque né pour promouvoir une alternative à la BD “classique”.

Relativement indépendants, économiquement parlant, parce que sans obligation de résultat, sans actionariat, mais avec la nécessité de payer nos imprimeurs; pas du tout indépendants culturellement puisque, même si nous entendons être affranchis de toute espèce de subordination dévote à un Modèle, nous voulons être dans le monde et en subir toutes les influences. Il ne s’agit pas de faire de la contre-culture, mais d’exprimer notre culture avec des moyens qui échappent aux clichés, de l’exprimer au sein même de la culture, pas en marge. Cette association ne trouve pas sa légitimité parce qu’elle serait "alternative", mais simplement par l’initiative d’exister et d’oeuvrer là où trop d’auteurs et d’éditeurs ont abdiqués. La Cinquième Couche n’a pas de stratégie clientéliste, pas de public-cible.

Utopique ? [Goutte/océan]

A ce stade, notre démarche peut sembler relever d’un idéalisme qui frise l’utopie, mais si nous ne touchons pas le grand public, c’est parce que certains de nos travaux sont parfois expérimentaux et impliquent donc des tâtonnements, parce que nos travaux sont différents de la conception classique qu'on a de la bande dessinée, parce qu’ils mettent en oeuvre des conventions, des systèmes de signe ou de référence différents. Pas plus difficiles : simplement différents. Ils demandent au lecteur une démarche, un travail d’apprentissage, de décodage qu’il n’a pas à fournir face aux standards. On peut donc se flatter de trouver dans notre public nombre de gens qui s’étaient lassés de la bande dessinée ou qui ne lui témoignaient pas le moindre intérêt, mais qui sont lecteurs, spectateurs ou auteurs de  poésie, de cinéma, de photo, de graphisme...